L’Ordre National des Médecins du Togo (ONMT) a procédé à la publication de son tableau actualisé ce mardi 7 avril à Lomé. Il s’agit d’un exercice annuel à forte portée réglementaire et symbolique. En marge de cette annonce, son président, le professeur Anthony Beketi Katanga, a rappelé les enjeux d’un document qui conditionne l’exercice légal de la médecine au Togo, tout en dressant un diagnostic sans concession du système de santé.
« La sortie du tableau est toujours un moment très important dans la vie de la corporation », a-t-il souligné devant la presse, insistant sur le caractère obligatoire de cet outil. « La loi dit que tout médecin qui veut exercer sa profession au Togo doit s’inscrire sur le tableau », a-t-il rappelé, citant l’article 4 de la loi encadrant la profession. Au-delà de sa dimension administrative, ce tableau matérialise aussi un engagement éthique : « tous les médecins (…) jurent qu’ils ont pris connaissance du code de déontologie et s’engagent à le respecter ».

Le président de l’Ordre précise qu’il s’agit en réalité d’un registre dynamique, constamment mis à jour en fonction des nouvelles inscriptions et des radiations. Une précision importante dans un contexte où la régulation de la profession devient un enjeu central.
Contrairement à certaines perceptions, les effectifs de médecins inscrits ne sont pas en baisse. « L’année dernière, on était à 848 à la sortie du tableau. Aujourd’hui nous sommes à 940 », a détaillé le professeur Katanga. Il évoque même une progression continue depuis 2021, avec un pic de 1048 inscriptions enregistré en fin d’année précédente. Une évolution qui traduit à la fois une montée en puissance de la profession et un meilleur encadrement institutionnel.
Mais derrière cette dynamique, l’ONMT pointe des défis persistants, notamment la lutte contre l’exercice illégal de la médecine. « Cette année, (…) tous les collègues qui ne sont pas en règle vont être interpellés », a averti le président, évoquant des actions déjà engagées. « Nous venons d’amener quelqu’un en prison », a-t-il rappelé, faisant référence à un individu ayant falsifié des diplômes « du CEPD jusqu’au doctorat avec spécialité ». Une affaire révélatrice des risques encourus par les populations face à des pratiques frauduleuses.

L’Ordre entend intensifier cette lutte, avec le recrutement en cours d’un chef de projet dédié et le soutien annoncé du ministère de la Santé. Une collaboration jugée indispensable dans un contexte où prolifèrent également, selon le professeur Katanga, des pratiques non encadrées, amplifiées par les réseaux sociaux. « Aujourd’hui, tout le monde s’improvise thérapeute », déplore-t-il, mettant en garde contre des informations sanitaires non fondées.
L’ONMT appelle également à « investir massivement dans la santé », à soutenir la recherche et à améliorer les conditions de travail des praticiens. « Il faut payer le médecin à la hauteur de ce qu’il apporte (…) pour que les jeunes médecins restent dans le pays », a-t-il insisté, alertant sur le risque de fuite des compétences.


