Adolescentes togolaises, la contraception hors d’atteinte

Au Togo, près d'une adolescente sur deux qui veut éviter une grossesse n'y arrive pas.

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Au Togo, près d’une adolescente sur deux qui veut éviter une grossesse n’y arrive pas. C’est presque le double du taux national. Deux adolescentes racontent leur parcours, entre peur du jugement et débrouille.

Amina a 17 ans (prénom d’emprunt). Elle a d’abord cherché des informations sur Internet. Une amie lui a ensuite conseillé un centre de santé. « Le plus difficile, c’était la peur d’être reconnue par quelqu’un. J’avais aussi peur que le personnel me pose trop de questions », raconte-t-elle. Une fois, elle a même laissé tomber : « J’ai abandonné parce que j’avais peur que mes parents l’apprennent. Je pensais qu’ils allaient croire que j’avais déjà des rapports sexuels. »

Son hésitation n’a rien d’isolé. Au Togo, le besoin non satisfait en planification familiale touche 32,2% de l’ensemble des femmes. Chez les adolescentes, ce chiffre grimpe à 48,8%, selon l’UNFPA.

Des normes sociales qui pèsent lourd

Pour le sociologue Komlavi Tagbé AGBEKODOVI, cet écart s’explique d’abord par les normes qui entourent la sexualité au Togo. « Une femme adulte engagée en couple est libre de son choix. Chez l’adolescente, la sexualité est réservée aux personnes majeures et en couple reconnu. Se présenter dans une structure hospitalière pour une contraception devient alors très difficile, cette démarche revient à s’exposer publiquement à un interdit social », explique-t-il.

Grâce, 16 ans (prénom d’emprunt), confirme ce poids du regard des autres. « Dans mon entourage, parler de contraception quand on est une fille peut être mal interprété. Certaines personnes peuvent penser que tu encourages les relations sexuelles. »

Le coût et la distance s’ajoutent à ces blocages. « Quand on dépend encore de ses parents, ce n’est pas toujours facile d’avoir de l’argent pour aller au centre de santé », explique Amina. Grâce pointe un autre problème. « Le centre où je vais habituellement est assez loin de chez moi. Et parfois, je ne sais même pas si la méthode que je cherche est disponible. »

Le Dr DJATO, secrétaire de la Société de Gynécologie-Obstétrique du Togo, confirme ce constat côté personnel de santé. « Il y a la stigmatisation, le coût, et les horaires. Si elles sont élèves, elles ne sont pas libres pour venir. Et nous, le week-end, nous ne sommes pas toujours disponibles. » Dans son propre centre, une solution a été trouvée. « On s’est arrangés à offrir ces services entre midi et 14 heures pour cette tranche d’âge. »

Les chemins que les adolescentes inventent

Faute de réponse adaptée, certaines cherchent ailleurs. « Je demande généralement à mes amies ou je regarde des informations sur Facebook et TikTok », confie Grâce. Elle ajoute aussitôt une limite. « Je ne sais pas toujours quelles informations sont fiables. »

Pour le sociologue Komlavi Tagbé AGBEKODOVI, cette débrouille a deux faces. « C’est à la fois un signe d’autonomie et un signal d’alarme. Une adolescente qui cherche une solution n’est pas simplement passive. Mais cette autonomie peut l’amener aussi bien vers une pharmacie conventionnelle que vers des méthodes traditionnelles non conseillées, faute de sensibilisation suffisante. »

Un changement qui prend du temps

Les deux adolescentes s’accordent sur ce qu’il faudrait changer. « Il faudrait que les jeunes puissent poser leurs questions sans être jugés », résume Amina. Grâce ajoute une piste concrète. « Les centres devraient avoir des espaces où les jeunes peuvent parler en privé, et garder les informations confidentielles. »

Le Dr DJATO va dans le même sens. Il appelle à renforcer la sensibilisation « dans les masses médias, dans les écoles, dans les centres de formation pour couturières et coiffeuses ». Sur le terrain, des organisations de jeunesse comme le CAJEDI, créé en 2025, se mobilisent déjà, notamment dans les zones rurales où l’accès reste le plus inégal.

Pour le sociologue, ce changement ne viendra pas du jour au lendemain. « Un changement social ne s’observe pas rapidement. Le plus important serait de modifier progressivement la manière dont la société considère la sexualité des adolescents, pour que ce ne soit plus vu comme un mal. »

Le Togo n’est d’ailleurs pas seul face à ce problème. Selon le Guttmacher Institute, l’accès des adolescentes à une méthode moderne y atteint 48 à 49%, contre 27 à 28% en Mauritanie et au Sénégal. Aucun pays du Partenariat de Ouagadougou n’a encore résolu seul cette équation.

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